La titulature royale complète, telle que nous la connaissons, avec ses cinq noms, n'a été adoptée sous la forme qui nous est familière, qu'au Moyen Empire. Auparavant, les rois d'Egypte utilisaient sporadiquement l'un ou l'autre titre qu'ils adjoignaient à leur nom de naissance.
De nombreuses épithètes telles que "Dieu parfait", "Seigneur du Double-Pays", "Seigneur de l'accomplissement des rites" (litt : de faire-les-choses), accompagnaient ces titres.
nTr nfr
Dieu parfait
nb tA.wy
Seigneur du Double-Pays
nb jr.t x.t
Seigneur de l'accomplissement des rites
@r 
Il apparaît dès le début de l'histoire pharaonique et jusqu'à la IVème dynastie, c'est souvent le seul nom qui nous
soit parvenu. Il s'écrit dans un rectangle surmonté d'un faucon dominant la représentation stylisée d'une façade de palais,
le sérekh. Le premier sérekh connu est celui qui figure sur la célèbre palette de Narmer.
Depuis cette époque, tous les pharaons ont un nom d'Horus.
Nous ne connaissons qu'une exception à cette règle : Péribsen (IIème dynastie), qui, à la suite de troubles mal connus, remplaça Horus par Seth dans sa titulature.
Son successeur Khâsekemoui (litt : les deux puissants apparaissent en gloire) semble avoir tenté de réconcilier les deux partis en faisant figurer Horus et Seth ensemble sur son sérekh. Puis l'usage du nom d'Horus a repris ses droits.
srx
Litt. faire savoir, informer
Le faucon, omniprésent dans le ciel d'Egypte, fut célébré dès la préhistoire sous des noms et des formes
différentes dans de nombreuses régions du pays. Horus (litt : le lointain) fut tout d'abord le nom générique
de l'espèce, avant de devenir celui d'une divinité particulièrement vénérée à Edfou (Behedet) capitale du 2ème
nome de Haute Egypte. De nombreuses autres divinités à forme de faucon reçurent un culte dans toute l'Egypte
(Sokaris dans la région de Saqqarah, Horus-khenty-irty à Letopolis, Horakhti à Héliopolis, Horus
fils d'Osiris à Chemnis etc.). A Hiérakonpolis, capitale du 12ème nome de Haute Egypte, la ville de Narmer,
était adorée une autre forme d'Horus, et comme il arrive souvent, la gloire d'un roi rejaillissant sur son dieu local,
l'Horus d'Hiérakonpolis devint le protecteur de la royauté (ce qui se produira pour Amon de Thèbes sous la XVIIIème
dynastie). Selon une tendance propre à la religion égyptienne, les différents mythes ont plus ou moins fusionné,
sans rien perdre de leur complexité.
Le faucon dans le sérekh rappelle que dès les origines, le roi est considéré comme un Horus, qui fut à la fois dieu et premier roi terrestre, dont le modèle inspirera la royauté égyptienne tout au long de son histoire. C'est pourquoi la tentative de Péribsen, éphémère, a dû paraître sacrilège, puisqu'il substituait à Horus, le champion de la civilisation, son ennemi mortel, seigneur du chaos...
Simple au début, le nom d'Horus se complique au Nouvel Empire pour constituer tout un programme et, our certains rois, tels Ramsès II, peut comporter de nombreuses variantes (la face est de l'obélisque de la Concorde en comporte trois) :
Den
dn L'Horus qui frappe
Djoser
nTry X.t Netjerykhet, celui dont le corps est divin
Thoutmôsis 1er
kA nxt mry MAa.t Taureau puissant aimé de Maât
Hatchepsout
wsr.t kA.w Celle aux ka puissants (noter l'habile féminisation
du titre qui conserve le mot "ka" en évitant l'épithète "taureau puissant" peu appropriée pour une femme)
Toutankhamon
kA nht twt ms.wt Taureau puissant, beau de naissances
nb.ty
Quoique apparu dès le règne de Hor-Aha, c'est sous celui de Semerkhet (1ère dynastie)
que les Deux Maîtresses deviennent un élément à part entière du protocole royal. Il faudra
néanmoins attendre le Moyen Empire pour les voir apparaître systématiquement.
Le signe des Deux Maîtresses évoque l'éternelle dualité de l'Egypte en plaçant le roi sous la protection des deux déesses tutélaires du Nord et du Sud, respectivement Nekhbet, la déesse vautour d'El-Kab (Nékheb), en Haute Egypte, et Ouadjet, la déesse cobra de Bouto (Pé et Dep) en Basse Egypte.
Nxb.t
Nekhbet
wADy.t
Ouadjet
Thoutmôsis 1er
xa(w) m nsr.t, aA pH.ty Celui qui irradie comme le serpent royal (l'uraeus)
, le très fort
Toutankhamon
nfr hp.w, sgrH(w) tA.wy, sHtp(w) nTr.w nb.w Celui dont les lois sont parfaites, qui pacifie le
Double-Pays, qui satisfait tous les dieux
Ramsès II
aHa HH.w, mAw sxm jb Qui combat la multitude, lion au coeur vaillant
@r n(y) nbw
Ce titre apparaît pour la première fois sous le règne de Den (1ère dynastie) selon les uns, sous le règne de Djoser
(IIIème dynastie) selon les autres, et entre définitivement dans le protocole royal au Moyen Empire.
Sa signification est assez obscure, mais il est permis de supposer qu'il s'agit d'un rappel de la victoire d'Horus sur Seth mais il s'agit d'une interprétation tardive introduite par les Grecs et dans la plupart des cas, le texte associé à ce titre n'a pas de contenu agressif. Hatchepsout et Thoutmôsis III se sont associés à des "faucons d'or", notion qui remonte à la XIème dynastie. L'or, inaltérable étant un symbole d'éternité, le troisième nom de la titulature pourrait exprimer l'aspiration à une royauté durable.
Thoutmôsis 1er
nfr rnp.wt, sanx(w) jb.w Celui aux belles années, qui fait vivre les coeurs
Toutankhamon
wTs(w) xa.w sHtp(w) nTr.w Qui porte les couronnes et satisfait les dieux
Ramsès II
wsr rnp.wt, aA nx.wt Riche en années, grand de victoires
n(y)-sw.t bjty
Ce titre, lui aussi introduit par Den, signifie littéralement "celui qui appartient au Roseau et à l'Abeille".
C'est l'équivalent le plus proche de notre mot "Roi", qui n'existe pas plus en Egypte que le terme "Pharaon"
avant le Nouvel Empire et surtout la période grecque. Tout comme les Deux Maîtresses, il souligne le caractère
unificateur de la royauté sous l'apparence de la dualité. Alors que le précédent s'attachait à son caractère divin,
le titre de n(y)-sw.t bjty s'adresse davantage à son aspect terrestre.
Adopté par le souverain égyptien lors de son couronnement, c'est véritablement un deuxième nom, tandis que les autres titres sont des suites d'épithètes à haut contenu idéologique, une sorte de programme de gouvernement.
Entouré d'un cartouche comme son nom de naissance, le titre de roi de Haute et de Basse Egypte est souvent celui par lequel il est désigné dans les textes d'époque :
La vaillance du Roi Aâkhéperkarê (Thoutmôsis 1er) ramena des éléphants de ses victoires sur les pays du Sud...[1]

Thoutmôsis 1er
aA xpr kA Ra Grand est le devenir du ka de Rê (Aâkhéperkarê)
Toutankhamon
nb xpr.w Ra Le maître des transformations est Rê (Nebkhéperourê)
Ramsès II
wsr MAa.t Ra, stp n Ra Puissantes sont la vérité et la justice de Rê ;
celui que Rê a choisi (Ousermaâtrê-Setepenrê)

sA Ra 
C'est Snefrou (IVème dynastie), qui, le premier, fait entourer son nom d'un cartouche,
signe ovale représentant à l'origine une corde nouée, symbole de tout ce qu'entoure la course du soleil,
mais le titre de Fils de Rê proprement dit remonte à Djedefrê (IVème dynastie), le fils de Khéops,
et ne devient systématique que sous le règne de Néferirkarê (Vème dynastie).
Le titre de fils de Rê, rappelle l'origine solaire du pouvoir royal. Il figure dans le deuxième cartouche, après le titre de Roi de Haute et de Basse Egypte et se compose du nom de naissance du roi, accompagné parfois d'une ou plusieurs épithètes (Ramsès-Méryamon).
Thoutmôsis 1er
DHty-ms Thot l'a engendré
Toutankhamon
twt-anx-Jmn Image vivante d'Amon
Ramsès II
(jn) Ra ms(w) sw, mry Jmn C'est Rê qui l'a engendré, aimé d'Amon
Bien que les cartouches soient normalement réservés à l'usage exclusif du roi, Aménhotep IV/Akhénaton (XVIIIème dynastie) fit figurer le nom et les épithètes de son dieu (Aton) dans un double cartouche, signifiant par là que celui-ci est roi dans les cieux, tandis que lui-même, en tant que son reflet vivant, est roi sur la terre.
Que vive Rê-Horakhty qui jubile dans l'horizon ...
... en son nom de : la Lumière qui est dans le disque.

[1] URK IV 103,16 [Retour].
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