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Les derniers Lagides : entre inceste et fratricide

Ptolémée V Épiphane (204 – 180)

Il n'a que cinq ans quand il est appelé à régner. Trois régents se succèdent pendant sa minorité : Agathoclès, Tlépolémos et Aristomène. Pour consolider son trône, les trois régents confient la tutelle du jeune roi au Sénat romain, inaugurant une habitude qui va s’avérer fatale à l’Égypte. Le peuple, lassé du premier, finit par se révolter et arrache sa condamnation au jeune roi et le second perd la vie en même temps que le pouvoir.

Des troubles éclatent en Égypte pendant la minorité de Ptolémée V, incitant Antiochos III à reprendre les hostilités commencées au règne précédent. Scopas, général de Ptolémée, recrute des Grecs et, avec une armée égyptienne, profite de la guerre qu'Attale fait à Antiochos III pour entrer en Palestine et soumettre la Judée. Antiochos III abandonne sa guerre et attaque la Palestine. Scopas se porte à sa rencontre et Antiochos III remporte la victoire du Pannion en 200, aux sources du Jourdain. Il conquiert toute la Syrie et la Palestine jusqu'à Jérusalem.

A la suite de cette défaite, l'Egypte perd ses avant-postes en Asie Mineure, tandis que Ptolémée V et confronté à de nombreuses révoltes, notamment dans la région de Thèbes où un certain Horounnefer (qui change son nom en Ankhounnefer en 199) tente, à partir de l'an 205, d’installer une dynastie autochtone. En 186, Ptolémée V reconquiert la Thébaïde. Il fait exécuter le roi rebelle et annexe la Basse Nubie.

Ptolémée V meurt empoisonné par ses courtisans. Son fils aîné, Ptolémée VI, lui succède.

C’est à lui que l’on doit l’inscription trilingue dite "Pierre de Rosette", retrouvée en 1799.

Ptolémée VI Philometor (181 - 145)

Monnaie de Ptolémée VI

Si les premiers Ptolémée s’étaient montrés à peu près compétents dans leur administration de l’Égypte, ça se gâte à partir de Ptolémée V, et prend vraiment mauvaise tournure avec les querelles de succession qui accompagnent l’accession de Ptolémée VI à la royauté. Voici le portrait peu reluisant qu’en dresse l’historien romain Pompeius Trogus au 1er siècle :

...un complet fainéant, qui pourrissait dans une débauche quotidienne au point d'avoir non seulement délaissé les tâches de la majesté royale, mais encore de manquer des facultés humaines par suite de son excessif embonpoint[1].

Ptolémée VIAntiochos IV, le Syrien, envahit l'Égypte en 170 et capture Ptolémée VI. Tandis qu’il exerce son protectorat sur l’Égypte, un autre Ptolémée monte sur le trône avec sa sœur Cléopâtre. Les trois Lagides s’allient contre Antiochos IV et sollicitent l’intervention des Romains. La réponse leur parvient sous la forme d’un certain Popilius Laenas qui, au nom du Sénat et du peuple Romain[2], exige le retrait d’Antiochos. L’histoire raconte qu’Antiochos ayant demandé à réfléchir, Laenas traça un cercle autour de lui avec un bâton et exigea qu'on lui répondît avant de sortir du cercle. Ce que fit le Syrien, qui craignait la puissance de Rome.

Vers la même époque, comme le roi de Syrie Antiochos Épiphane, qui construisit à Athènes le temple de Jupiter Olympien, assiégeait dans Alexandrie Ptolémée encore enfant, on envoya vers lui en ambassade Marcus Popilius Laenas pour l'inviter à renoncer à son entreprise. Quand l'ambassadeur eut exposé l'objet de sa mission, le roi répondit qu'il réfléchirait. Alors Popilius fit avec sa baguette un cercle autour du roi et lui ordonna de répondre avant de sortir de ce cercle tracé sur le sable. Ainsi la fermeté romaine abrégea la réflexion du roi et l'ordre fut exécuté[3].

C’est un autre Popilius Laenas, qui, le 15 mars 44, donna des sueurs froides à Cassius et Brutus en les abordant pour leur dire qu’il savait tout de leur complot, avant d’aller parler de toute autre chose à César (Appien, Guerres Civiles, et Plutarque, Brutus, ainsi que Cicéron, Att. mars 45) et c’est un personnage du même nom qui, dit-on, assassina Cicéron sur ordre de Marc Antoine… Une arrière-grand-mère de Marc Antoine était également une dame Popilia dont on sait qu’elle fut aussi la grand-mère de Lucius Julius César (IV), légat en Gaule en 52.

Ptolémée XI Alexandre II (106 - 80)

Ptolémée XIPlus proche de nous, Ptolémée XI Alexandre II, né vers 106-104 de Ptolémée X et Cléopâtre Sélène, est capturé par Mithridate VI du Pont en 88. Évadé en 84, il se réfugie à Rome où il devient un client du dictateur Sylla[4]. Il retourne en Égypte en 80 et monte sur le trône comme corégent de Bérénice III, à la fois sa belle-mère, sa cousine et son épouse. Accusé de l’avoir fait tuer (parce qu’elle ne lui plaisait pas prétendent les mauvaises langues de l’époque), il est lynché par la foule alexandrine après un règne de 18 ou 19 jours seulement. Cet événement montre à quel point les habitants d’Alexandrie pouvaient influencer la politique de leurs souverains. Nous verrons dans ces pages d’autres exemples de leur propension à se soulever pour exprimer leur mécontentement.

Ptolémée XI n’a pas été inclus dans le culte dynastique et on ne lui connaît pas de titulature ni d’enfant.

Il laisse un testament qui autorise Rome à annexer non seulement Chypre, mais aussi l’Égypte.[5]

Les lauriers de César

Notes

[1] Pompéius Trogus (historien du 1er siècle avant notre ère dont le grand-père avait été fait citoyen romain par Pompée et dont le père était un secrétaire de César), Abrégé des Histoires Philippiques, XXXIV, 2. [Retour]
[2] Senatus PopulusQue Romanus, les initiales SPQR que nous voyons encore de nos jours sur le blason de la ville de Rome. [Retour]
[3] Velleius Paterculus, Histoire Romaine, Livre I, 10. [Retour]
[4] Dictateur : lors de l'établissement de la république romaine, le gouvernement de l'état est confié à deux consuls pour protéger le mieux possible les citoyens contre l'exercice tyrannique du pouvoir. Mais en certaines circonstances, le gouvernement est laissé aux mains d'un unique magistrat, qui détient, pour un temps, les pleins pouvoirs, et dont les décisions sont sans appel. C’est donc à l’origine, une magistrature constitutionnelle. Par contre, l’usage qu’en ont fait Sylla et César l’était moins ![Retour]
[5] Luciano Canfora, César, le Dictateur Démocrate, p. 184. [Retour]

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