Cléopâtre, enfin seule souveraine d'Égypte, est confrontée à des années difficiles. En 43 la famine sévit ; en 41 et 42 la crue est insuffisante pour assurer la récolte. La reine se préoccupe essentiellement de l'approvisionnement d’Alexandrie, centre névralgique du pouvoir et toujours prompte à se soulever. Il lui faut également compter avec les légions romaines installées par César (une quatrième a été ajoutée aux trois qu’il avait laissées en 47).
La guerre que livrent les assassins de César, Cassius et Brutus, à ses héritiers, Octavien et Marc Antoine, oblige Cléopâtre à des contorsions diplomatiques. En effet, Brutus tient la Grèce ainsi que l'Asie mineure, tandis que Cassius s'installe en Syrie. Sérapion qui gouverne Chypre au nom de Cléopâtre aidera Cassius pendant quelque temps avec son assentiment. Il sera officiellement désavoué plus tard. Dans le même temps, Cléopâtre envoie une flotte aux partisans de César, qui reconnaissent la légitimité de son fils. Cette flotte est victime d'une tempête au large de la Libye mais le geste place la reine dans le camp des vainqueurs quand en 42, les républicains sont écrasés à Philippi (Grèce).
Un nouvel astre va, pour son malheur et celui de l’Égypte, entrer dans l’orbite de Cléopâtre : Marc Antoine.
Né vers 83, Marc Antoine est le petit-fils de Marcus Antonius dit l’« Orateur » en raison de ses talents pour la rhétorique. Élu consul en 99, l’« Orateur » est assassiné par les partisans de Marius (les populares) en 87. Ses contemporains le considéraient comme un grand dirigeant politique et un bon chef militaire.
Son fils, Marcus Antonius Creticus, père de Marc Antoine, meurt en Crète en 72 après avoir lamentablement échoué dans sa mission qui consistait à lutter contre les pirates. Il a été surnommé Creticus par dérision, ce qui ne veut pas dire qu'il avait vaincu les Crétois mais qu'il était un homme de craie.
La mère de Marc Antoine est Julia, soeur de Lucius Julius César IV que nous avons déjà rencontré, ce qui fait de lui un lointain cousin du dictateur assassiné.
Il est également apparenté à un personnage de sinistre mémoire, Caïus Antonius Hybrida [1], son oncle, connu pour avoir outrageusement rançonné les Grecs et spéculé sur les biens des proscrits sous le régime de Sylla. César alors tout jeune avocat cherchant à se faire une renommée, soutiendra l’accusation portée contre lui par les Grecs. L’on ne sait comment se termina le procès mais il est probable qu’Hybrida évita la condamnation. Suite à cet échec, le jeune César préféra se faire oublier et retourna pour quelque temps à ses chères études, se rendant à Rhodes auprès d’Apollonius Molon, le célèbre rhéteur.
Marc Antoine se distingue dès sa jeunesse par un goût prononcé pour la dissipation. Il se lie avec les tribuns Curion (avec lequel certaines mauvaises langues lui prêtent une liaison amoureuse !) et Publius Clodius Pulcher (l’agitateur bien connu), puis s'attache à César.
Après avoir servi sous les ordres de Gabinius, Antoine passe directement d'Alexandrie en Gaule où il va se mettre au service de César. Il se distingue au siège d'Alésia et mérite, chose assez rare, une citation dans les Commentaires :
Mais les lieutenants Marc Antoine et Caïus Trebonius, à qui incombait la défense de ces points où ils avaient vu que les nôtres étaient vivement attaqués, y envoyaient sans cesse des renforts qu'ils tiraient des fortins éloignés [2].
Après les opérations de 51, il est élu augure avec l'appui personnel de l'Imperator :
César quitta ses quartiers d'hiver, et contrairement à son habitude, partit en Italie en faisant les plus longues étapes possible, pour s'adresser aux municipes et aux colonies auxquels il avait recommandé la candidature au sacerdoce de son questeur Marc Antoine. [...] César apprit en route, avant d'atteindre l'Italie, qu'Antoine avait été nommé augure mais il n'en crut pas moins avoir un juste motif de parcourir les municipes et les colonies, afin de les remercier de leur empressement à servir Antoine, et de recommander en même temps sa propre candidature pour les élections de l'année suivante [3].
Élu tribun de la plèbe en 50 en même temps que Caïus Cassius Longinus, il oppose son veto à la décision du Sénat qui ordonne à César de licencier ses légions. Le veto est outrepassé par le Sénat et les tribuns sont molestés, ce qui constitue une sorte de sacrilège, la personne des tribuns de la plèbe étant considérée comme intouchable. Quittant précipitamment Rome en compagnie de Curion et Cælius, il rejoint César à Ravenne. Celui-ci n’attendait que cela pour marcher sur Rome...
En 47, César, devenu dictateur, le choisit pour Maître de Cavalerie (l’équivalent du vizir égyptien auprès du pharaon) puis ils sont tous deux « élus » consuls en 44. Après le meurtre de César, Marc Antoine prononce son oraison funèbre et retourne le peuple indécis contre ses meurtriers. Après leur rappel par le Sénat, ce qu’il ne peut tolérer, il assiégera Décimus Brutus dans Mutina (Modène) en 43. Sous l'influence de Cicéron, le Sénat le déclare « ennemi de l'État » et les consuls Aulius Hirtius (l’auteur du dernier livre de la Guerre des Gaules) et Caïus Vibius Pansa marchent contre lui et le défont. Les deux consuls trouveront la mort à cette occasion ; ils étaient accompagnés d'Octavien qui bénéficiait de l’imperium et dont on dit qu’il ne fut pas étranger à cette double disparition (Hirtius et Pansa étaient des intimes de César).
Nous ignorons quand Marc Antoine et Cléopâtre se sont vus pour la première fois. Nous savons que Marc Antoine avait participé au rétablissement de Ptolémée XII en 55 mais il est peu probable qu'ils se soient fréquentés, Cléopâtre n'ayant à l'époque qu'une quinzaine d'années, n’a sans doute pas eu l’occasion de quitter le gynécée pour approcher l’officier romain. Il est plus vraisemblable qu'ils se sont vus lors du séjour de la reine à Rome.
Dans le partage du monde romain intervenu après l'écrasement des républicains, l'Orient est dévolu à Antoine. Il reprend le projet d’expédition contre les Parthes, mis à mal par la mort de César. Pour cela il convoque en 41 les souverains des royaumes clients à Tarse en Cilicie. Cléopâtre en fait partie. Connaissant la vanité de Marc Antoine et soucieuse de ne pas apparaître en vassale, elle arrive, dit-on, sur un navire à la poupe dorée et aux voiles pourpres, siégeant sous un dais d'or, entourée d'un équipage déguisé en Nymphes, Néréides et Amours. Puis elle invite Marc Antoine à son bord pour un somptueux banquet. Commence alors une liaison de dix ans, sans doute l'une des plus célèbres de l'Histoire même s'il est difficile de savoir quelle est la part de calcul dans l'attitude des deux partenaires : Antoine a besoin de l'Égypte pour ses projets et Cléopâtre ne peut pas s’aliéner la puissance de Rome.
Dans un premier temps, Marc Antoine suit Cléopâtre à Alexandrie où il passe l'hiver 41-40. C'est à ce moment qu'une vaste offensive des Parthes leur permet de s'emparer de la Syrie, du sud de l'Asie mineure, et de la Cilicie. Antigone Mattathias, un prince de la famille des Hasmonéens, hostile aux Romains, est installé sur le trône de Jérusalem. Marc Antoine mène une courte contre-offensive depuis Tyr puis est obligé de rentrer à Rome (été 40) où s'affrontent ses partisans et ceux d'Octavien. Il conclut avec ce dernier la paix de Brindes (Brindisi) en octobre 40 et épouse sa sœur, Octavie. Au même moment, Cléopâtre met au monde deux jumeaux, un garçon, Alexandre Hélios, et une fille, Cléopâtre Séléné.
Leur séparation dure trois ans, du printemps 40 à l'automne 37 et nous ne savons rien ou presque de l'action de la reine durant cette période. Au retour d'Antoine, les deux amants se retrouvent à Antioche à l'automne 37, et celui-ci entame une politique nouvelle. Alors que ses officiers et ses alliés ont chassé les Parthes, il substitue là où c'est possible des États clients qui lui sont fidèles à une administration directe de Rome. C'est ainsi qu'Hérode devient roi de Judée avec son appui. C'est un phénomène identique qui se déroule en Galatie, dans le Pont et en Cappadoce. Cléopâtre en tire un bénéfice immédiat puisqu'elle se voit confirmer la possession de Chypre, effective depuis 44, mais aussi de villes de la côte syrienne, du royaume de Chalcis, au Liban actuel, et de la côte cilicienne. Elle reconstitue ainsi une partie de la thalassocratie des premiers rois lagides. Tout cela sans demander l'avis du Sénat, ce qui le met dans une position délicate vis-à-vis de Rome.
En 37-36 Marc Antoine entame une campagne contre les Parthes qui tourne au désastre, en grande partie causé par un hiver rigoureux dans les montagnes d'Arménie et du nord-ouest de l'Iran actuel. Lui-même en réchappe de peu, contrairement à Crassus. Cléopâtre reste à Alexandrie pour accoucher de leur troisième enfant, Ptolémée Philadelphe.
Après 37, Octavien commence à voir dans l'alliance entre Antoine et Cléopâtre une menace contre l'Empire et contre ses propres ambitions. Au début du printemps 35, il envoie sa sœur Octavie (la femme légitime d'Antoine) rejoindre son mari avec leurs deux filles, Antonia l'Aînée (la future grand-mère de Néron ) et Antonia la Jeune (future mère de Germanicus et de Claude). Antoine ordonne à sa femme de rebrousser chemin. Octavie, qui n'en a cure, laisse les troupes continuer vers Alexandrie, afin de venir en renfort de celles que possède déjà son époux. L'ingrat la répudiera en 32 pour épouser Cléopâtre, mariage qui n’a aucune valeur à Rome puisqu’elle est étrangère.
Antoine projette de faire oublier son échec militaire de 36 et lance en 35 une seconde expédition plus chanceuse. L'Arménie et la Médie font acte d'allégeance et Antoine célèbre un triomphe, non à Rome, mais à Alexandrie (au grand scandale des Romains !) où Cléopâtre et leurs enfants sont associés. Un peu plus tard Césarion est proclamé Roi des rois, Alexandre Hélios reçoit en partage l'Arménie et les terres au-delà de l'Euphrate, Ptolémée quant à lui, se voit confier, symboliquement car il n’a que deux ans, la Syrie et l'Asie Mineure. Enfin Cléopâtre Séléné se retrouve à la tête de la Cyrénaïque. Plus réaliste, Cléopâtre, qui comprend le caractère hasardeux de ses projets (en effet, Marc Antoine ne contrôle ces royaumes que très partiellement) se contente de réclamer la Judée à son amant, mais en vain.
En 43, une loi consacre l’existence du Second Triumvirat, constitué de Caïus Julius Cæsar Octavianus (le futur Auguste), Marcus Aemilius Lepidus et Marc Antoine, après que le premier a affronté Marc Antoine et Lepidus sur le champ de bataille. Pour renflouer le trésor de l’État, ils se livreront à une série de proscriptions impitoyables qui rappellent aux Romains les « beaux jours » de Sylla. Cicéron en sera l’une des plus illustres victimes. L’ancien légat Lucius Julius César, le propre oncle de Marc Antoine et l’un des plus proches amis du dictateur défunt, n’échappera que de justesse à la peine de mort. C’est tout dire…
La base du pouvoir dont Octavien cherche à s’emparer repose sur son adoption par César et il voit d’un très mauvais œil la menace que fait peser sur lui l’existence de Césarion, que Marc Antoine proclame héritier légitime de César. Qu’il soit ou non le vrai fils de César, c’est à ce titre qu’il pourrait un jour, si les circonstances lui sont favorables, venir réclamer l’héritage paternel, ce dont le tortueux Octavien ne veut à aucun prix.
Octavien s'emploiera donc à dénigrer Marc Antoine par tous les moyens et se lancera dans une grande campagne de propagande contre Cléopâtre, l'Égyptienne, celle qui le tient sous ses charmes et qui l'oblige à des abandons désastreux pour Rome. Tous les moyens sont permis et il va faire vibrer les fibres les plus hypocrites de l’opinion romaine en stigmatisant les débauches supposées de la reine orientale. C'est un procédé aussi vieux que le monde et il fonctionne parfaitement, puisque nous en sommes encore là lorsque nous parlons de Cléopâtre. La plupart de ces accusations mensongères sont, pour beaucoup, à l'origine de la « légende noire » de Cléopâtre chez nombre d'auteurs antiques et modernes.
Octavien craint Marc Antoine et sa popularité, encore forte au Sénat, mais son triomphe alexandrin d'Antoine en 35 et la désignation de Ptolémée XV Césarion comme Roi des rois lui font envisager un danger plus grave encore. Dans les derniers jours de l’an 33, la guerre des nerfs entre les deux rivaux met fin au second Triumvirat. Finalement, à l’instigation de celui qui se fait appeler « César », le Sénat confisque les pouvoirs de Marc Antoine et entre en guerre contre l’Égypte.
Cléopâtre fournira une part importante de l'effort de guerre, soit plus de 200 trières. Les royaumes alliés participent également, à l'exception notable de l'habile Hérode (proclamé roi de Judée en 40 par le Sénat romain), qui parie sur la victoire d'Octavien. Il sait que la reine d'Égypte a des vues sur son royaume depuis fort longtemps et il a tout intérêt, pense-t-il naïvement, à voir gagner Octavien.
Marc Antoine mène la guerre en dépit du bon sens, comme s’il avait perdu sa prodigieuse énergie (il est probable que sans le génie de César pour inspirer ses actions, il n’était plus qu’un général ordinaire malgré son indéniable courage personnel), et alors qu'Octavien peine à constituer son armée, il lui laisse le temps de s'organiser. Octavien n'est pas un grand chef de guerre comme César, il n’a ni son charisme, ni ses qualités physiques, ni même son humanité, mais il dispose d’un formidable atout en la personne de Marcus Vipsanius Agrippa ; c’est un officier compétent sur terre et sur mer tandis que Marc Antoine, qui n’a pas l’expérience de la guerre navale, va commettre l'erreur grossière de se laisser entraîner sur ce terrain.
Le 2 septembre 31, près d’Actium sur la mer Ionienne, la flotte d’Octavien, placée sous le commandement d’Agrippa, affronte la flotte combinée d’Antoine et de Cléopâtre. Antoine est dès le départ en position d’infériorité : ses navires se trouvent en sous-effectif en raison d’une épidémie de malaria qui sévit parmi ses équipages et l’interruption des lignes de ravitaillement ayant eu un effet désastreux sur les troupes, le moral est au plus bas. L’erreur tactique ayant été d’accepter la bataille sur mer plutôt que sur terre, le combat s’engagera sous de très mauvais auspices. Octavien dispose de navires plus légers et plus maniables, montés par des hommes entraînés au moral intact. Avant même le déclenchement des hostilités, un des généraux d’Antoine, un certain Delius, déserte et rejoint le camp adverse ; il livre à l’ennemi le plan de bataille de son chef.
Cléopâtre comprend rapidement que la bataille est perdue et désengage sa flotte sans se battre. Cette fuite, seul moyen de sauver ce qui peut l'être, est exploitée par Octavien auprès des officiers et des hommes d'Antoine dont beaucoup changent de camp : 19 légions et 12 000 cavaliers déserteront ainsi à la faveur de la nuit sans même combattre, ce qui ruine définitivement les espoirs d’Antoine. Lui-même s’échappe sur un navire léger avant la fin des combats, abandonnant la majeure partie de sa flotte à son vainqueur.
La défaite d’Actium sonne le glas de la République Romaine et par la même occasion, de la dynastie lagide et de l’indépendance égyptienne.
Antoine retourne en Égypte après la défaite et ne prend pratiquement aucune mesure pour lutter contre la progression irrésistible d'Octavien. Il consume ses forces en banquets, beuveries et fêtes somptueuses sans se soucier de la situation. Que fait Cléopâtre ? Les sources manquent. Certaines affirment qu'elle tente de séduire Octavien. Il est plus probable qu'elle a surtout cherché à mettre Césarion à l'abri, comprenant le danger plus clairement que son amant romain.
Reçu à nouveau par Cléopâtre dans son palais il replongea la ville dans les festins, les beuveries et les prodigalités. Il inscrivit sur la liste des éphèbes le fils de Cléopâtre et de César, et fit prendre la toge virile, sans bordure de pourpre, à Antyllus, le fils qu'il avait eu de Fulvia. A cette occasion, ce ne furent à Alexandrie pendant plusieurs jours que festivités, banquets et bruyants divertissements. Ils mirent fin eux-mêmes à la célèbre association de la « Vie inimitable », et en fondèrent une autre, qui ne le cédait en rien la précédente pour le luxe, la débauche et les délices, et qu'ils appelèrent celle de « l'Attente de la mort en commun » ; leurs amis s'y inscrivirent comme devant mourir avec eux, et ils passaient gaiement leur temps en s'offrant des festins à tour de rôle [4].
Vers août 30, Octavien arrive à Alexandrie. À la fausse annonce du suicide de Cléopâtre, Marc Antoine tente de mettre fin à ses jours en se jetant sur son épée. Son suicide est à l’image de sa vie : il se rate.
Il avait un serviteur fidèle, nommé Éros, qu'il avait depuis longtemps invité à le tuer quand il le lui demanderait. Il le somma de tenir sa promesse. Éros tira son épée et la leva comme pour frapper Antoine, mais, celui-ci ayant tourné la tête, il se tua lui-même. Le voyant tombé à ses pieds, Antoine dit : "C'est bien, Éros ; tu m'apprends à faire ce que tu n'as pu faire toi-même." Il se frappa alors au ventre et se laissa choir sur son lit. Mais le coup ne causa pas immédiatement la mort : le sang s'arrêta de couler dès qu'Antoine fut étendu ; il revint à lui et supplia ceux qui étaient là de l'achever en l'égorgeant. Ils s'enfuirent de la chambre, où il cria et se débattit jusqu'à l'arrivée de Diomède, secrétaire de Cléopâtre, qu'elle avait chargé de le porter auprès d'elle dans le mausolée [5].
Mourant, il est transporté dans le tombeau où Cléopâtre s’est murée. Il y meurt dans les bras de sa reine. Après une ultime entrevue avec Octavien, Cléopâtre se donne la mort, plutôt que de figurer à son triomphe.
L'aspic, dit-on, fut apporté à Cléopâtre avec ces figues et il avait été caché sous les feuilles car elle l'avait ainsi ordonné, afin que l'animal l'attaquât sans même qu'elle le sût ; mais, en enlevant des figues, elle le vit et dit : « Le voilà donc », puis elle tendit son bras à la morsure après avoir retroussé sa manche. D'autres prétendent qu'elle gardait cet aspic enfermé dans un vase et que, Cléopâtre le provoquant et l'excitant avec un fuseau d'or, il bondit et s'attacha à son bras. Mais personne ne sait la vérité.
César, tout fâché qu'il était de la mort de cette femme, admira sa grandeur âme, et la fit ensevelir avec une magnificence royale auprès d'Antoine. Il fit faire aussi à ses suivantes des obsèques honorables.
Cléopâtre mourut à l'âge de trente-neuf ans, après avoir régné vingt-deux années, dont plus de quatorze en compagnie d'Antoine. Quant à Antoine, les uns disent qu'il avait dépassé la cinquantaine de six ans, les autres de trois [6].
De cette mort, les récits sont nombreux et discordants. La version de Plutarque est la plus couramment admise. Si Cléopâtre est vraiment morte par morsure de serpent, il est plus probable qu’il s’agissait d’un cobra car cette espèce était commune en Égypte et possédait une forte valeur symbolique (l'uræus).
Césarion en fuite est rattrapé et exécuté sur l’ordre d'Octavien, ses trois autres enfants sont emmenés à Rome et élevés par Octavie, restée fidèle à la mémoire de son mari. Cléopâtre Séléné épousera le roi et savant berbère Juba II de Maurétanie, comme elle orphelin de guerre élevé à Rome. Alexandre Hélios est nommé roi d'Arménie après l'exécution du roi Artavazde III. Il règne sur ce pays de 34 à 30. On ne sait pas ce que devient Ptolémée, le plus jeune.
Le principal mérite de Cléopâtre est de s'être rendue compte que l'Égypte ne pouvait plus se suffire à elle-même malgré son passé glorieux et ses traditions millénaires. C'est ainsi qu'il faut comprendre son implication dans les aléas de la politique de Rome, dont elle a cherché à utiliser la puissance pour affermir son pouvoir et sortir son pays de la décadence, tout en maintenant son indépendance.
Jamais elle n’a perdu de vue qu'elle représentait l'Égypte et son peuple. Elle fut d'ailleurs la seule à tenter véritablement de rallier les gens de la chôra (la province par opposition à Alexandrie). Elle assumait aussi des rituels pharaoniques que ses prédécesseurs avaient négligés et, à l'image de Ramsès II et Hatchepsout, elle reprit le vieux mythe de la théogamie pour expliquer la naissance de Ptolémée-Césarion-Horus, fils de César-Amon et de Cléopâtre-Isis.
Malgré la propagande éhontée dont elle a été l’objet, on ne connaît avec certitude que deux amants à Cléopâtre et elle vécut seule la plus grande partie de sa vie d’adulte, ce qui est exceptionnel pour une femme de son temps et de son milieu.
La politique de désinformation entreprise par Octavien/Auguste se poursuivit une fois la bataille remportée. L'image de Cléopâtre, transformée par ses services de propagande, allait devenir le repoussoir parfait du nouveau régime. Décriée sans doute plus encore à cause de ses qualités que de ses vices (et ceci surtout pârce qu'elle était une femme), Cléopâtre VII, reine probablement la plus célèbre de l’histoire de l’humanité, se cache sous un voile de légende, de mystère et de malveillance qui ne sera sans doute jamais levé.

| Titre | Année | Age mini requis | Si né en 100 | Si né en 102 |
| édile | 65 | 37e année | 35e année | 37e année |
| prêteur | 62 | 40e année | 38e année | 40e année |
| consul | 59 | 43e année | 41e année | 43e année |
| année | consuls |
| 59 | Caius Julius Caesar I, Marcus Calpurnius Bibulus |
| 58 | Lucius Calpurnius Piso Caesoninus, Aulus Gabinius |
| 57 | P. Cornelius Lentulus Spinther, Q. Caecilius Metellus Nepos |
| 56 | Cn. Cornelius Lentulus Marcellinus, Lucius Marcius Philippus |
| 55 | Marcus Licinius Crassus II, Cnaeus Pompeius Magnus II |
| 54 | Appius Claudius Pulcher, L. Domitius Ahenobarbus |
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[1] Avec une ascendance comptant Caïus Antonius Hybrida et Marc Antoine parmi les plus fameux, le pauvre Néron n’avait aucune chance d’être normal. [Retour]
[2] César, Guerre des Gaules, VII, 81. [Retour]
[3] César / Hirtius, Guerre des Gaules, VIII, 50. [Retour]
[4] Plutarque, Vie d’Antoine, LXXI. [Retour]
[5] Plutarque, Vie d’Antoine, LXXVI. [Retour]
[6] Plutarque, Vie d’Antoine, LXXXVI. [Retour]
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