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Chronologie de l'Egypte ancienne

Lorsque on s'intéresse tant soit peu à l'histoire de l'Egypte, il ne faut jamais perdre de vue le fait qu'elle se déroule sur plus de 3000 ans, c'est à dire approximativement des environs de 3200 à 30 avant notre ère, date à laquelle on a coutume de situer la fin de cette civilisation exceptionnelle, même si quelques prêtres conservèrent encore la tradition pendant quelque temps (la dernière inscription hiéroglyphique date de 394 de notre ère et la dernière inscription hiératique date de 432). Ainsi, lorsque Ramsès II contemple le complexe funéraire de Djoser ou les pyramides de Gizeh, pour lui, ce temps se perd déjà dans les brumes du passé et l'on a pu dire de son fils Khâemouaset, qui s'intéressait aux monuments de la Vème dynastie, qu'il fut le premier égyptologue...

La chronologie

L'histoire de l'Egypte se subdivise approximativement en trois grandes époques ou "Empires", séparées par des périodes dites "Intermédiaires", correspondant à un affaiblissement du pouvoir, et se conclut par la "Basse époque" où le pays perd progressivement son indépendance et voit l'originalité de sa civilisation se diluer dans les influences étrangères. Ce découpage est l'oeuvre des premiers archéologues, car les Egyptiens eux-mêmes n'avaient pas la notion d'histoire telle que nous la concevons. Ils ne connaissaient pas de chronologie absolue et le comput du temps se "réinitialisait" au début de chaque règne, conçu comme le renouvellement d'un cycle.

Il faut noter la remarquable stabilité de cette société charpentée par un discours politico-religieux qui évoluera peu, en apparence, au cours des siècles. Pendant près de 3000 ans, les Egyptiens vont honorer les mêmes dieux et perpétuer les mêmes mythes. C'est à un tel point que les envahisseurs successifs (Hyksôs pendant la seconde période Intermédiaire, Perses, Grecs et Romains des époques plus tardives), adopteront les coutumes de leurs vaincus égyptiens, comme en témoignent Alexandre le Grand couronné par l'oracle d'Amon dans l'oasis de Siwah et les empereurs romains faisant inscrire leur nom dans un cartouche.

Reconstituer la chronologie de l'ancienne Egypte pose un certain nombre de problèmes :

- Tout d'abord, plus nous reculons dans le passé, moins nous recueillons de documentation et plus celle-ci est imprécise. Certains rois sont restés longtemps inconnus, tels Sekhemkhet, le successeur de Djoser, qui n'apparut que très récemment, lorsque des archéologues découvrirent sa pyramide à Saqqarah, non loin de celle de Djoser.

- Les listes royales établies par les Egyptiens eux-mêmes sont incomplètes, soit parce qu'elles sont endommagées, soit parce que certains règnes ont été occultés pour des raisons idéologiques (Akhénaton, Hatchepsout).

- Les périodes de crise, au cours desquelles le pouvoir royal s'affaiblit au profit des chefs locaux, voient se chevaucher les règnes et les dynasties et comme toujours, dans ces cas-là, les sources sont fragmentaires et plus partiales encore qu'à l'accoutumée.

- Pour tout compliquer, certains rois ont associé de leur vivant leur successeur au trône et celui-ci commençait alors le comput de ses propres années de règne.

L'étoile Sirius : un repère fiable ?

L'idéal serait de posséder un repère fiable, par exemple l'observation de certains phénomènes astronomiques (éclipses, réapparitions d'une comète périodique), dont les occurrences sont aisées à dater et à replacer dans un cadre chronologique absolu. Malheureusement, les Egyptiens ne se sont pas montrés aussi méticuleux que les Chinois et là encore, la documentation ne permet pas de lever définitivement les ambiguïtés.

L'étoile Sirius (ou Sothis) aurait pu fournir l'outil recherché, voici comment :

Nous savons à présent que la terre tourne autour du Soleil en 365.2421987 jours, ce qui est peu différent de 365 jours 1/4. Mais personne, jusqu'à Jules César, ne saura vraiment quoi faire de ce quart de jour en trop, bien que les prêtres égyptiens en aient sans doute eu connaissance.

Les premiers calendriers solaires égyptiens comportaient 360 jours divisés en trois saisons de quatre mois de 30 jours chacune. Constatant la rapide dérive de ce calendrier, les anciens rajoutèrent 5 jours supplémentaires qui le ramenèrent à 365 jours. Ces jours additionnels furent nommés épagomènes par les Grecs, ce qui signifie "ceux qui sont au-dessus".

Ce premier réajustement ne suffit pas et l'année civile a continué de se décaler par rapport à l'année solaire réelle, dont le début était célébré en même temps que le retour de la crue du Nil et le lever héliaque de l'étoile Sothis, pour nous Sirius, l'étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Cette année fut surnommée l'année vague, à cause de ce glissement constant. Un texte de l'époque ramesside atteste du phénomène : L'hiver arrive en été, les mois sont inversés et les heures en grande confusion.

Ce retard d' 1/4 de jour par an, produisait un décalage d'un jour tous les 4 ans, d'un an en 365 x 4 soit 1460 années juliennes et 1461 années égyptiennes. Cette période de 1461 ans fut appelée cycle sothiaque, en relation avec l'étoile Sothis

Tous les 1461 ans l'année vague coïncidait de nouveau avec l'année solaire vraie. Durant quelques années, le décalage était minime, si bien que, comme l'indique un texte d'époque les saisons étaient revenues à leur place. Ce temps était considéré comme particulièrement faste, et les Pharaons qui avaient la chance d'en bénéficier, en tirèrent parti pour annoncer que leur règne était placé sous de bons auspices.

Une étude menée par Ed. MEYERS en 1904, tente de démontrer que si la 3e période sothiaque s'achevait en 139 de notre ère, la première aurait commencé en 4241 a.n.è. et ce serait la plus ancienne date connue de l'histoire de l'humanité. Le démarrage d'une période sothiaque coïncidant avec celui d'une année vague, le calendrier égyptien de 365 jours aurait été institué à cette époque déjà lointaine…

Mais l'idée même d'un cycle aussi long que le cycle sothiaque est étrangère à la pensée des anciens Egyptiens et il est probable que ceux-ci se contentaient de constater l'adéquation des deux calendriers et de se réjouir de l'événement, sans pour autant avoir compté les années qui séparaient deux périodes sothiaques successives.

L'oeuvre de Manéthon

Ces trois Empires, entrecoupés de Périodes Intermédiaires et terminés par la Basse Epoque, constituent ce que l'on appelle la "période dynastique" et les différents règnes sont regroupés en "dynasties", un mot inventé par le savant scribe et prêtre égyptien Manéthon, qui, au IIIème siècle avant notre ère, entreprit d'écrire l'histoire de l'Egypte.

Exploitant les archives des temples, il répertoria les différents rois qui s'étaient succédés depuis Narmer, le premier unificateur, jusqu'au règne de Nectanébo II, en 343 a.n.è., et les classa en dynasties, s'appuyant pour ce faire sur une tradition historique remontant aux listes royales que les pharaons avaient coutume d'établir. Le mot dynastie lui-même est de son invention. L'oeuvre originale s'est perdue mais une partie de son contenu (soigneusement édulcorée pour cadrer avec les idées de l'époque) nous a été rapportée par des auteurs ultérieurs tels que Flavius Josephe au 1er siècle de notre ère.

D'autres sources, que nous devons aux archéologues, ont permis de préciser la chronologie de Manéthon.

Les autres sources

La pierre de Palerme

C'est un bloc de diorite noire (200 x 60 cm) inscrit sur les deux faces, qui remonte à la Vème dynastie (2454-2311). Il est brisé en plusieurs fragments dont le plus important se trouve au musée de Palerme (Sicile), d'où son nom. D'autres morceaux sont dispersés dans divers musées.

Inscrite sur les deux faces, la pierre de Palerme couvre une période qui s'étend des derniers rois de la période prédynastique, jusqu'au règne de Néferirkarê-Kakaï (2435-2425). Y sont relatés les événements considérés à l'époque comme importants : la célébration des grandes fêtes religieuses, l'envoi d'expéditions minières à l'étranger, la hauteur de la crue...

La table royale de Karnak

Visible au musée du Louvre, elle appartenait à la Chambre des Ancêtres de Thoutmôsis III (1479-1425). Elle comprend une liste de soixante-et-un souverains parmi les prédécesseurs de ce roi, mais nul ne sait ce qui a présidé au choix de ceux-là plutôt que d'autres.

La Table de Karnak possède la particularité intéressante de mentionner des noms de rois inconnus de la IIème période Intermédiaire.

La table royale d'Abydos

Etablie par Séthi 1er, elle est heureusement toujours en place dans la Chambre des Ancêtres du temple d'Abydos (achevé par son fils et successeur Ramsès II). Elle comporte soixante-seize noms de rois, d'où sont exclus les souverains de la 1ère période Intermédiaire, ceux de la IIe période Intermédiaire (de sinistre mémoire), la reine Hatchepsout (sans doute parce qu'elle était une femme), ainsi qu'Akhénaton et sa lignée.

Un "double" de cette liste, datant du règne de Ramsès II très fragmentaire, existe au British Museum.

La table royale de Saqqarah

Contemporaine du règne de Ramsès II, elle a été exhumée à Saqqarah, dans la tombe d'un scribe royal. Elle contenait cinquante-huit cartouches dont il n'en reste que quarante-sept, allant d'Adjib (1ère dynastie, vers 2970) à Ramsès II lui-même, excluant également les souverains hyksôs de la seconde période Intermédiaire.

Le canon royal de Turin

Hélas très endommagé, le Canon Royal de Turin (environ 1200 a.n.è.) aurait pu être le document le plus intéressant. C'est un papyrus conservé au musée égyptien de Turin, trouvé presque intact, mais gravement maltraité pendant son transport (les travaux de restauration sont d'ailleurs toujours en cours).

Commençant avec le règne des dieux qui ont précédé les rois humains, ce papyrus devait probablement contenir près de trois cents rois, associés à la durée de leur règne exprimée très précisément en année, mois et jours, et organisés en dynasties comparables à celles de Manéthon.

Contrairement aux autres listes, soumises à des impératifs idéologiques, il comprenait les noms de souverains habituellement exclus des chronologies officielles.

Remontant jusqu'aux lignées divines qui précédaient les royautés humaines, le rédacteur y exprime la continuité des institutions et leur caractère sacré, celles-ci ayant été léguées aux hommes par les dieux eux-mêmes.

Glossaire

Comète périodique : comète, qui, comme la célèbre comète de Halley, ou plus récemment, la magnifique Hale-Bopp, reviennent près du Soleil à intervalles réguliers (76 ans pour Halley).

Manéthon : prêtre et savant scribe de Sebennytos dans le Delta oriental qui, au 3e siècle avant notre ère, regroupa les pharaons en 30 dynasties - un mot de son invention - et rédigea une histoire de l'Egypte.

Le lever héliaque de Sirius : Si nous observons le ciel chaque soir à la même heure, tout au long de l'année, nous constatons que les constellations semblent lentement basculer vers l'Ouest. Du fait de l'inclinaison de l'axe des pôles sur le plan de l'écliptique, certaines constellations deviennent invisibles pendant une partie de l'année.

Lorsque une étoile redevient observable le matin à l'Est, peu avant le lever du Soleil, après une période d'invisibilité dont la durée dépend de son éloignement du pôle céleste, c'est ce qu'on nomme son lever héliaque.

Par une de ces miraculeuses coïncidences dont la nature semble avoir le secret, les Egyptiens de l'époque pharaonique disposaient d'un magnifique repère pour recaler leur calendrier agricole, c'était le lever héliaque de l'étoile Sirius (alpha du grand Chien). En effet, celle-ci, après une période d'invisibilité de 70 jours, réapparaissait à l'Est, une quarantaine de minutes avant le lever du Soleil.

N'importe quel paysan des bords du Nil savait, en voyant Sirius réapparaître juste avant l'aube, que ce phénomène, qui se répétait avec une immuable régularité, annonçait la saison de l'Inondation. Ainsi, les Egyptiens disposaient d'un repère fixe, en dehors de leur calendrier civil qui glissait d' 1/4 de jour par an.

Pour la petite histoire, signalons que Sirius était connue depuis la période prédynastique comme "l'Etoile du Chien", ou l' "Aboyeur" parce qu'elle semblait avertir les laboureurs de l'imminence de l'inondation. Elle était alors représentée sous la forme d'une petite chienne, Canicula en latin. Son retour coïncidant avec la période la plus chaude de l'année, nous comprenons aisément pourquoi les grandes chaleurs sont encore désignées de nos jours sous le nom de canicule. Actuellement Sirius ne joue plus son rôle de chien de garde, car, en raison de la précession des équinoxes, son lever héliaque a lieu un peu plus tard dans l'année.

Tous les 1461 ans l'année vague coïncidait de nouveau avec le calendrier agricole et cet événement était fêté avec un faste tout particulier, les deux "jours de l'an" étant célébrés en même temps, le 1er du mois 1 de la saison Akhet. La deuxième période sothiaque connue se termina en 1321 a.n.è. sous le règne d'Horemheb, fondateur de la XIXème dynastie et ce fait fut largement exploité par ses successeurs, en particulier Séthi 1er et Ramsès II pour qui le décalage entre année vague et calendrier agricole n'était pas encore très important.